Quelques romans anglais à lire sur la plage pendant que les sportifs se fatiguent aux JO.

Aline 6 août 2012 13
Quelques romans anglais à lire sur la plage pendant que les sportifs se fatiguent aux JO.

Pour vos longs trajets en TGV ou pour s’occuper sur la plage (attention à la forme de votre maillot pour les marques de bronzage), voici un petit tour du côté de la littérature anglaise que j’aime.

Si vous avez le goût de la littérature réaliste française et n’avez jamais lu les anglais, commencez donc par Dickens. Dans Les Temps Difficiles (1854) ou Oliver Twist (1837-38), il dépeind la réalité sociale de l’ère de l’industrialisation avec son lot de misère et d’injustices. Avec un ton très caustique, souvent drôle et en jouant avec les mots, il met en scène des personnages d’enfants en proie à l’injustice d’un monde régi par des adultes dessinés comme des caricatures de la rationalité idiote. Les romans de Dickens sont souvent très sombres et durs, sans jamais tomber dans le pathétisme car il parsème ses récits de personnages et de situations outrancières qui nous font rire de l’absurdité de certaines réalités, en particulier dans les domaines de la justice ou de l’éducation. Ce faisant, il soulève d’importantes questions sociales, même si de nombreux critiques lui ont reproché sa connaissance très partielle des milieux qu’il décrit.

Il faut lire Dickens pour son esprit généreux, ses personnages truculents et attachants et son langage imaginatif et drôle. Ses récits sont proches du conte ou de la flable. Il a aussi écrit des textes à la limite du roman gothique comme Les Grandes Espérances (1860) ou Un Chant De Noël (1843) qui, sans déroger à son style habituel, intègrent quelques éléments à la limite du fantastique.

Si vous avez l’esprit emprunt de romantisme, vous plongerez dans Jane Austen dont les romans sont écrits quelques années plus tôt, au tout début du XIXème siècle. Aujourd’hui considérés comme des récits sentimentaux par nos esprits cyniques formés au PQR, ils sont en fait des critiques du roman sentimental et du roman gothique de la fin du XVIIIème. Ses textes sont emprunts d’un certain réalisme social. Tout en restant dans le registre de la comédie, centrés autour d’intrigues d’amoureuses qui se terminent toujours bien, ils pointent le statut et notamment la dépendance des femmes au tournant du XVIIIème siècle.

Elizabeth Bennet (Jennifer Ehle) et Fitzwilliam Darcy (Colin Firth) dans la mini-série de la BBC, Orgeuil et Préjugés, 1995

Tout comme chez Dickens, c’est l’humour de Jane Austen qui accroche le lecteur au premier coup d’oeil. Souvent ironique, elle se sert de l’humour pour souligner les traits de caractère qu’elle souhaite critiquer chez ses personnages. Son écriture est enlevée, souvent gaie et parsemée de traits d’esprit. Les héroïnes d’Austen sont des jeunes femmes intelligentes à l’esprit indépendant, luttant dans leur cadre social en jouant avec ses règles (Orgueil et Préjugés, Emma). En cela, elles s’opposent aux femmes fragiles et béatement amoureuses des romans sentimentaux de l’époque. C’est leur force de caractère et leur recherche d’indépendance qui fait qu’on a toujours envie, aujourd’hui, de s’identifier à elles. Beaucoup de ces romans ont donné lieu à des adaptations cinématographiques ou télévisuelles.

Avec les sœurs Brontë, on reste dans le milieu de la bourgeoisie victorienne et des intrigues amoureuses mais dans un univers beaucoup plus sombre et tourmenté, avec un style moins enlevé. Issues d’une famille littéraire, d’un père pasteur, confrontées très tôt à la mort (celle de leurs mères, puis de leurs deux sœurs) leurs écrits sont traversés par les thématiques de la mort, de la violence, de la passion et de la morale.

Jane Eyre (1847) est le second roman de Charlotte Brontë, il contient de nombreux éléments issus de l’expérience de son auteure. Écrit comme une autobiographie, il met en scène une jeune femme à l’esprit aventureux qui lutte pour mener sa vie en vertu des principes qu’on lui a inculqués, malgré les circonstances ou ses inclinations (notamment amoureuses). Elle connaitra tour à tour le rejet et l’exil comme l’amour et le retour au foyer. Jane Eyre est, comme les personnages de Jane Austen, une héroïne féministe, dans le sens où elle mène sa vie de manière à échapper à la soumission à des personnages masculins écrasants.

Catherine Earnshow (Merle Oberon) et Heathcliff (Laurence Olivier) dans Les Hauts de Hurlevent de William Wyler, 1939

Le roman de sa soeur, Emily Brontë, Les Hauts de Hurlevent, publié la même année, est assez différent. Il met en scène la passion amoureuse et le thème de la dégénérescence (sans doute influencé par l’émergence des théories évolutionnistes). Il contient une assez grande violence pour l’époque et s’affranchit totalement des conventions morales. Il met en scène une passion amoureuse presque incestuelle sur fond d’amour/haine et d’incompréhension. Ses personnages, en particulier Heathcliff, sont très noirs et violents. (Si vous voulez continuez à entendre parler de ce roman, écoutez Yasmina Reza en parler sur France Inter).

Les deux romans sont traversés par des thématiques gothiques (la mort, les fantômes) qui ont longtemps irrigué la littérature anglaise. Ils sont aussi très imprégnés par les paysages de lande sauvage anglaise où ils incarnent la désolation et la tourmente.

Voilà pour un premier petit tour chez les british. Et vous ? Vous lisez quoi ?

Illustration de Une : Oliver Twist dans la fameuse scène du début du roman où il est puni pour avoir demandé du rab’ de gruau.

13 Comments »

  1. Sarah Mone 6 août 2012 at 12 h 26 min - Reply

    Je sais pas ce qui s’est passé mais pour cette phrase : « Tout en restant dans le registre de la comédie, centrés autour d’intrigues d’amoureuses qui se terminent toujours bien, ils pointent le statut et notamment la dépendance des femmes dans l’Angleterre edwardienne. », y a deux soucis.

    1. Au début, vous aviez mis « Angleterre victorienne ». Ce qui était faux.
    2. Vous avez édité la phrase. Parfait. Mais « edwardienne », c’est toujours faux. Je ne sais pas qui vous rencarde mais il a eu un souci.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Monarques_de_Grande-Bretagne

    Du coup, dans le cas de ses romans, on parle de Georges.

    • Aline 6 août 2012 at 12 h 39 min - Reply

      Alors j’ai modifié en restant vague. En effet, le texte est écrit entre 1796 et 1797 et publié en 1813. Sous différents règnes donc. Or, je n’ai pas le souvenir que Jane Austen précise exactement à quelle date ou sous quel règne elle fait vivre ses personnages et ça me semble une question très secondaires. Mais je suis loin d’être une spécialiste et je t’invite à préciser si tu as plus d’éléments.

  2. Laurène 6 août 2012 at 15 h 01 min - Reply

    Je viens de lire « Orgueil et Préjugé » et je l’ai trouvé génial ! Je l’ai commencé dans le train et j’ai dû étouffer mes rires pour ne pas déranger mes voisins, car son humour fait mouche… On s’attache au personnage d’Elisabeth, qui pourrait très bien vivre à notre époque.

    Pour celles qui voudraient frissonner, je conseille « Le Moine » de Lewis, adapté au cinéma avec Vincent Cassel. C’est la crème du roman gothique !

    • Aline 6 août 2012 at 16 h 23 min - Reply

      C’est toute la force de ces personnages. Leur désir d’indépendance les rend très actuelles.

  3. lucinda 6 août 2012 at 21 h 49 min - Reply

    Jane Austen ne precise peut etre pas la date exacte a laquelle se passent ses intrigues, mais je vois mal comment elle pourrait ecrire sur une periode posterieure a la sienne. A bon entendeur …

    • Jones 6 août 2012 at 23 h 20 min - Reply

      Vu qu’entre temps nous avons modifié pour le « tournant du XVIIIe siècle », je ne vois pas en quoi c’est « postérieur » à ses écrits. Nous avons corrigé nos erreurs, la victoriennes et l’edwardienne, alors entre bons entendeurs, ton commentaire était aussi pédant que superflu.

  4. Sarah Mone 7 août 2012 at 4 h 47 min - Reply

    Vous avez corrigé vos erreurs au moins 3 fois, ne vous attendez pas à ce que votre article soit relu avant chaque nouveau commentaire.
    Sachant que je lis régulièrement votre blog, c’est une amie qui m’a signifié votre « Angleterre edwardienne » alors que j’avais lu « angleterre victorienne » et que, de toutes évidences, j’en étais restée là.

    Bref, je trouve vos réponses assez agressives.

    1. On discute.
    2. J’ai plus l’impression d’être « challenger » à vous expliquer en quoi Austen n’a pas écrit sur une époque postérieure à la sienne, plutôt que de débattre avec vous (le « avec » est toujours très important).
    3. Vous étiez bien plus aimables avec les trolls des sujets comme celui sur les femmes qui choisissent de s’épiler ou non, faut-il comprendre que dès que l’on parle de littérature/histoire, on est immédiatement relégué dans la catégorie des cons pédants et superflus sans même passer par la case « je doute alors je fais trois pas en arrière et scinde la vache Azalée en deux, tu fais la soupe aux choux et crache sur Cotillard -> passe ton tour » ?

  5. lucinda 7 août 2012 at 9 h 34 min - Reply

    @Jones : les erreurs ont ete modifiees, et j’en suis reconnaissante a l’auteure. Ceci dit, je ne comprends pas pourquoi souligner une erreur permet un commentaire agressif. Et encore, si l’on n’avait pas pointe cette ineptie, elle serait restee telle quelle, alors que nombreux internautes peuvent verifier sur wikipedia les dates de Jane Austen, des soeurs Bronte et de Charles Dickens. Non seulement cela decredibilise l’auteure de l’article, mais cela entraine également les internautes a commettre des erreurs. La moindre des choses, lorsqu’on ecrit quelque chose ou que l’on affirme une informations, c’est soit de citer ses sources ou alors de verifier ces informations. Cela m’agace en effet lorsqu’on affirme a tort et a travers des choses fausses, et cela se fait de plus en plus. Manque de chance, la litterature anglaise, c’est un peu mon dada, alors je ne peux m’empecher de reagir, aussi agacant que cela puisse paraître pour certains bloggueurs. Et desolee mais c’est aussi une question de respect pour les lecteurs, c’est comme ecrire avec une orthographe correcte. ( Ce commentaire me permet d’ailleurs de dire a regret que « incestuelle » n’est pas francais).

    • Jones 7 août 2012 at 10 h 52 min - Reply

      Mon commentaire a été un peu agressif, j’en suis désolée. L’erreur a été admise et corrigée avant ton 1er commentaire, je ne comprends donc pas pourquoi en remettre une couche, d’où mon agacement. Nous sommes les premières mortifiées quand nous nous trompons, ne crois pas que nous le prenons à la légère.

  6. Sarah Mone 7 août 2012 at 15 h 44 min - Reply

    On fait la paix autour d’un feu de bois alimenté par du Marc Levy (désolée si y a des fans) ?

    http://www.motifake.com/image/demotivational-poster/1203/english-literature-irony-of-ironing-demotivational-posters-1332646036.jpg

  7. Aline 7 août 2012 at 17 h 54 min - Reply

    Juste un mot pour rappeler qu’on est toujours attentives quand on nous fait des critiques ou qu’on relève des erreurs parce qu’on souhaite faire le boulot qu’on s’est assigné au mieux et qu’on n’est souvent pas spécialistes des sujets qu’on présente. Mais nous sommes aussi très attachées aux formes, et en particulier au respect. Donc rédiger des commentaires en choisissant ses mots et parfois corriger quelques mots malheureux c’est s’assurer d’être bien entendue et c’est bien plus agréable pour tout le monde. « A bon entendeur… » :)
    @SarahMone je n’ai jamais lu Marc Lévy mais je ne suis pas très portée sur le cramage de bouquin. On peut cramer un numéro de Elle à la place ?
    Par ailleurs, si vous pensez bien maîtriser un sujet et que vous avez envie de partager votre enthousiasme, vous pouvez aussi nous proposer un papier !

  8. Alice 20 août 2012 at 9 h 07 min - Reply

    Bon bein moi je voulais juste dire que je suis contente que sur un blog où l’on parle de tout (et très bien d’ailleurs!!), on conseille de lire Jane Austen! Tout le monde devrait la lire et rigoler un peu plus ;)
    Bon courage pour la suite!

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