La ceinture de chasteté : mythes et réalités

Jones 12 février 2012 17

La ceinture de chasteté est une des inventions qui a le plus nourri l’imagination et les fantasmes des Hommes. Composé d’une ceinture entourant la taille assortie d’une plaque couvrant l’entre-jambes (avec deux orifices pour la satisfaction des besoins naturels), ce charmant dispositif a souvent été présenté comme un symbole de l’asservissement sexuel de la femme.

La légende veut que la ceinture de chasteté ait été inventée au Moyen-Age, afin que les femmes des chevaliers partant en croisade ne leur soient pas infidèles. Elle s’appuie à tort sur le Lai de Guigemar, écrit au XIIe siècle par Marie de France, dans lequel un chevalier place une ceinture autour de la taille de sa bien-aimée, qui en retour lui noue sa chemise (l’érotisme à la sauce médiévale). Cette scène, symbolisant l’attachement mutuel et la fidélité respective, a été interprétée comme une des premières représentations de cette fameuse ceinture de chasteté.

Or, il n’existe aucune preuve de l’existence des ceintures de chasteté avant la Renaissance et encore moins d’un tel usage. La première description qui en est faite se trouve dans une anthologie d’inventions techniques, le Bellifortis de Konrad Kyeser. Dans un de ses carnets de voyage en Italie (1405), il reproduit ce qu’il décrit comme « une culotte pour dame » métallique et d’origine florentine. Il s’avère que la ceinture de chasteté est alors portée par les dames de la bourgeoisie pour se protéger d’un viol éventuel lors des longs voyages ou du siège d’une cité. De cet usage ponctuel et protecteur, certains maris jaloux passent à un usage répressif pour empêcher les infidélités de leurs épouses, mais ces comportements demeurent marginaux.

Entre le XVIIIe et le XIXe, la ceinture de chasteté se développe en Europe pour les deux sexes, sous l’impulsion de l’évolution de la médecine et de la pudibonderie de l’époque. Les travaux du Dr Tissot sur la masturbation (L’Onanisme, 1760) le portent à décrire cette pratique comme l’origine de « maux redoutables », la perte d’une trop importante quantité de sperme entraînant, selon lui, rien de moins que la « débilité » ou la perte de la vue, pour ne citer qu’eux ! Le Bescherelle de 1862 rajoute une couche moralisatrice en définissant la masturbation comme un « vice dégoutant » aux « suites les plus fâcheuses ». La ceinture de chasteté devient alors plus courante, pour protéger les individus contre leurs propres envies sexuelles.

Aujourd’hui, ô joie, ô bonheur, l’évolution des mœurs a pratiquement fait disparaître la ceinture de chasteté comme outil de répression de la sexualité… sauf dans le cadre de petits jeux entre amants tout à fait consentants. Vous pouvez donc vous procurer de jolis modèles très modernes (en bois, en cuir et même avec le look camouflage…) dans quelques sexshops spécialisés dans le fétichisme.
Mais attention à ne pas en égarer la clé !

 

17 Comments »

  1. yt75 14 février 2012 at 11 h 17 min - Reply

    Petit dessin animé sur la vestale (ou la toujours chaste si on veut) :
    http://iiscn.wordpress.com/2012/01/02/vestale-sous-contraintes-exercice-ludique-en-courrier-10/

    • Jones 14 février 2012 at 13 h 30 min - Reply

      Ahaha!

  2. Joris 14 février 2012 at 11 h 44 min - Reply

    Super article, tu as bien fait de préciser qu’il ne s’agit pas d’un instrument médiéval, tant pis pour Sacré Robin des Bois!
    Le musée de la torture de San Gimignano, en Italie, possède l’un des premiers exemplaires de ce type de ceintures, à voir pour se réjouir de l’évolution des moeurs
    http://www.corkscrew-balloon.com/misc/torture/31.html

    • Jones 14 février 2012 at 13 h 29 min - Reply

      @Joris Hum, quel beau specimen de ceinture!J’aurais tendance à vouloir glisser mes doigts dans ces curieux orifices pour voir si ça pique vraiment! En effet, la ceinture a été perçue dans l’imagerie médiévale comme un instrument de torture. Il semble que ce soit à l’initiative de nos belles Républiques, désireuses de dévaloriser le Moyen-Age (symbole de pouvoir royal absolu) et de le présenter comme une époque d’obscurantisme.

  3. Bidibulina 14 février 2012 at 14 h 36 min - Reply

    Le musée de la torture de Carcassonne dispose aussi d’un fort bel exemplaire de ceinture et il est indiqué qu’elle servait, en effet, surtout à protéger les femmes des agressions éventuelles. (Qui aurait envie de se passer la nouille à la râpe ??!)

    • Jones 14 février 2012 at 22 h 10 min - Reply

      Je suis sure qu’il est possible de trouver des personnes susceptibles d’être intéressées par le contact des pointes acérées sur leurs sexes.

  4. David 14 février 2012 at 15 h 55 min - Reply

    Très intéressant !

    C’est marrant comme l’homme en vient toujours à détourner les « outils » de leur but premier (ici la protection des femmes). Mais de ce principe découle les innovations donc…

    Je pense qu’une telle ceinture pourrait encore servir (comme dernier rempart) dans certains pays en guerre où on « dispose » encore des femmes.

  5. LeReilly 15 février 2012 at 9 h 20 min - Reply

    BON.
    En vrai, la cage de chasteté moderne est plutôt masculine et utilisée dans des délires femdom. On y trouve d’ailleurs des modèles très très vénères.

    Voilà.
    Stoo.

    • Jones 15 février 2012 at 10 h 38 min - Reply

      Tout à fait. C’est d’ailleurs aux cages de chasteté (à destination des hommes) que je faisais référence sur les modèles « camouflage » et en bois. Mais il semble que les ceintures de chasteté soient aussi utilisées hors fétichisme et rapports de domination. Je ne suis pas une experte cela dit et n’en ai jamais utilisée…

      • LeReilly 15 février 2012 at 10 h 57 min - Reply

        Jamais utilisé non plus, mais j’avais BEAUCOUP potassé le sujet pour une idée de bouquin. J’en sais trop et j’envisage la lobotomie.

        • Jones 15 février 2012 at 12 h 55 min - Reply

          Ahaha! Je serais curieuse de savoir dans quel contexte tu avais placé ton histoire!

          • LeReilly 15 février 2012 at 16 h 21 min -

            Dans celui de la femdom pardi ! OH OH OH !

  6. Loïc 24 février 2012 at 12 h 09 min - Reply

    Je tiens un corriger une petite erreur dans le texte: le Lai de Marie de France s’intitule « Guigemar ».

    Besitos.

    • Jones 24 février 2012 at 14 h 13 min - Reply

      Merci Loïc, cette erreur a été corrigée!

      • avalone59 5 mars 2012 at 21 h 02 min - Reply

        Puisqu’on est dans les petits rectificatifs, c’est Marie de France, pas Marie-France (version médiévale de Marie-Claire, le magazine ?)
        J’adore votre webzine ! On apprend toujours des tas de trucs sympa, et vous écrivez toutes avec beaucoup d’humour et beaucoup d’ouverture d’esprit. Merci !

        • Jones 5 mars 2012 at 21 h 24 min - Reply

          Merci, cette bête faute d’étourdie a été corrigée (et j’ai beaucoup ri à la vanne sur Marie-Claire).

  7. Thierry 7 novembre 2012 at 20 h 39 min - Reply

    Ce genre de dispositif existe encore dans certains pays d’Afrique comme la Somalie, l’Ethiopie, la Mauritanie et quelques autres, ainsi qu’au Yemen, en fait tous des pays réputés pour la grande préoccupation de leurs élites concernant l’évolution de la condition féminine. Et là-bas, ce dispositif a un nom ….. il s’appelle l’infibulation …… du fil, une aiguille, c’est pratique, efficace et très économique.
    Petite crise de dérision, vous l’aurez deviné !!!!
    Cette pratique barbare et ignoble affecte encore des dizaines de milliers de femmes dans ces pays, c’est révoltant ce que l’obscurantisme pseudo-religieux de sales machos plus soucieux de préserver leur propre « honneur » que d’observer le millième du respect qu’un individu doit à son conjoint peut les conduire à faire .

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